Lancement d’une expérimentation sur la spiruline à l’ISSM : l’aliment le plus complet au monde

L’aliment le plus complet au monde


La malnutrition touche environ le 1/5 de la population mauritanienne suivant les dernières enquêtes de l’ONS qui montrent des prévalences aiguës de 20,4% au niveau national. Elle est plus accentuée en milieu rural (23%) qu’en milieu urbain (18,5%). Elle s’explique entre autres par l’insuffisance ou la mauvaise conservation des produits alimentaires, du faible pouvoir d’achat des ménages ou des mauvaises pratiques nutritionnelles. 
La malnutrition a des conséquences graves sur l’éducation, la santé, surtout des jeunes, des femmes et des personnes âgées. Elle a aussi des répercussions sur l’économie. L’une des solutions à ce problème épineux est l’utilisation de compléments alimentaires riches en vitamines et oligo-éléments. Ceux-ci sont généralement onéreux. Ils sont issus de l’industrie pharmaceutique. 
Pour répondre à ces besoins pressants des solutions naturelles et réalisables localement doivent être recherchées. La Spiruline, Arthrospira platensis, pourrait contribuer à lutter contre cette malnutrition, soit directement sous la forme d’un complément alimentaire, soit indirectement en exportant et en augmentant les richesses du pays. Elle est une candidate idéale. C’est l’aliment le plus complet au monde. En raison de ses qualités nutritionnelles complètes et ses vertus thérapeutiques, l’intérêt pour la spiruline et plus généralement pour les microalgues connait un essor important. La NASA a certainement joué un rôle dans la popularisation de la spiruline en l’utilisant pour nourrir les astronautes dans l’espace, en raison de son profil nutritif très riche dans un fort petit volume.
La spiruline est très rustique. Elle tolère les conditions extrêmes de température (20 à 40°C) et de salinité (10 à 200 pour mille). Originaire du Lac Tchad mais signalée en Mauritanie en particulier au Parc du Diawling et dans la retenue du barrage de Foum Gleita, elle est cultivée et distribuée dans plusieurs pays en développement pour lutter contre la malnutrition. Elle est riche en protéines (trois fois plus que la viande du bœuf). Des protéines les plus complètes car possédant les 8 acides aminés essentiels et avec un excellent taux de digestibilité (85,2%).
Compte tenu de sa productivité importante, la spiruline nécessite 300 fois moins de surface de culture que la viande de bœuf. La protéine issue de la Spiruline consomme 1/5 du volume d’eau nécessaire à la protéine de blé, et seulement 2% de l’eau exigée par la protéine de bœuf. Sa production est très peu coûteuse en énergie. Le rendement énergétique est 150 fois supérieure à celui nécessaire à la production de la viande de bœuf.
Elle est riche en caroténoïdes et en phycocyanine : des pigments qui intéressent grandement la recherche scientifique, en particulier en raison de leur fort pouvoir antioxydant. C’est aujourd’hui le complément alimentaire végétal naturel le plus apprécié des sportifs.  Des activités antioxydantes, anti-inflammatoires, anticancéreuses, antivirales ou encore des capacités hépato-protectrices ou modulatrices de l’immunité associées à la consommation de cette microalgue, ont été démontrées par de nombreuses études scientifiques.
En Mauritanie, elle pourrait être cultivée à peu près dans n’importe quelle zone y compris à l’intérieur du pays, lorsque des conditions minimales sont réunies. Cette activité est accessible sur le plan technique et financier aux plus démunis, une fois qu’une phase expérimentale menée avec succès. 
C’est dans ce cadre qu’une de ferme école à l’ISSM a démarré aujourd’hui en présence d’une équipe d’enseignants chercheurs nationaux, avec le cofinancement projet Force Bleue (France). Il est prévu de construire deux bassins et de familiariser une équipe universitaire de l’ISSM, de l’Université Alasria de Nouakchott et l’ENS avec sa culture. Une fois cette étape dépassée avec succès, il sera procédé à la diffusion des connaissances et des techniques de culture de cette Spiruline dans le monde associatif, dans des écoles, des dispensaires et au niveau entrepreneurial dans l’espoir de voir des fermes artisanales, et éventuellement industrielles, se multiplier dans le pays. Sur le marché européen, le prix moyen pourrait avoisiner 15 euros les 100 g en poids sec. Il s’agira là probablement d’une aubaine qu’il faudra exploiter sans tarder.

 
Dr. Mahfoudh Sidi / Docteur en   écologie halieutique
Spécialiste  pêcheries écosystèmes pélagiques.
Directeur général de l'ISSM -Nouadhibou
يتم التشغيل بواسطة Blogger.