Accidents de la pêche artisanale dans la zone maritime Mauritanienne : une équation insoluble ?

Accidents de la pêche artisanale dans la zone maritime Mauritanienne : une équation insoluble ?


Pour assurer la durabilité du secteur des pêches en Mauritanie : il faut tenir compte de ses trois dimensions : la durabilité sociale, la durabilité économique et la durabilité écologique. La durabilité sociale est l’une des plus urgentes à traiter si l’on veut inaugurer une ère nouvelle de développement où «personne n’est laissée pour compte ». 

La pêche est l’une des activités humaines les plus dangereuses. Aux Etat Unis, le taux de mortalité moyen dans la pêche commerciale était 24,5 fois supérieures à celui des accidents moyens au travail en 2014, en raison de ses exigences fortes et difficiles, de la pénibilité du travail et des conditions météorologiques souvent rudes et aléatoire.

En Mauritanie, de nombreux témoignages de pêcheurs artisans, de la société civile et des membres de la Garde Côtes mauritaniennes (GCM) soulignent que les conditions de travail notamment dans la pêche artisanale sont très pénibles. Cette activité présente encore des taux d’accidents du travail parmi les plus élevés malgré la baisse sensible observée ces dernières années.

La sécurité en mer est un problème important qui mérite d’être sérieusement adressé. Les unités de pêche artisanale manquent souvent de réflecteur radar, de signalisation, de fusées de détresse, d’extincteurs d’incendie et de formation. La FAO (2007) souligne que « l’intégration des questions de sécurité en mer dans les objectifs de gestion des pêches est une démarche peu répandue dans la plupart des pays ». Cet organisme international, chargé entres autres des pêches, recommande d’inclure la sécurité en mer dans la gestion des pêches.

Bien que la législation mauritanienne stipule l’obligation de se conformer aux dispositifs de sauvetage sur les navires artisanaux de pêche, les pêcheurs appliquent rarement ces dispositions.

Les gilets de sauvetage sont considérés comme non indispensables par de nombreux pêcheurs du fait qu’ils jugent i) qu’ils ne sont pas vraiment nécessaires. Les zones de pêche étant assez proches de la côte et le temps de sortie en général est favorable ii) que l’inconfort inhérent à ce type de vêtement les rend difficiles à porter à bord lors de l’opération de relevage des filets ou des filières de poulpe pourtant relativement dangereuse. Aussi dès que l’équipage dépasse le point de contrôle sortie en mer des GCM, ils enlèvent cette combinaison.   

En outre, ces pêcheurs doivent faire face à de nombreuses sources de risque : dont la raréfaction des ressources, les incendies, les conflits, les vols de la production et/ou des engins de pêche dormants, maladies en mer…. 

La réglementation mauritanienne, en pleine mutation, prévoit des mesures de prévention des conflits en mer en termes de zonage. Ce zonage permet une organisation cohérente de l’espace de nature à éviter la concentration de l’effort de pêche sur une espèce donnée pendant une saison donnée et dans un seul secteur, évitant ainsi à la fois la surexploitation et les conflits entre les différents segments de pêche (artisanale, côtière et hauturière). Une zone côtière exclusive est réservée à la pêche artisanale. 

La pêche artisanale et la pêche côtière ne sont pas cantonnées vers le large, et la pêche hauturière ne respecte pas toujours le zonage dans la zone côtière. L’interaction est en particulier forte avec les chalutiers. Aussi, des collisions, parfois mortelles, sont souvent signalées particulièrement de nuit entre les chalutiers industriels et les embarcations artisanales qui ne disposent pas de réflecteurs radars, ni de feux de signalisation. Ces embarcations ne sont donc pas repérables par les grands navires.

Les tensions et les conflits à ce niveau ne sont pas nouveaux. Ils se présentent de diverses manières et pour différentes causes : conflits sur l’espace et sur la ressource. Pour concevoir, hiérarchiser et mettre en œuvre des réponses plus efficaces, une meilleure compréhension de la distribution spatiale et temporelle de ces conflits de pêche est nécessaire. Le changement climatique, la raréfaction des ressources halieutique, les activités illégales et les conflits territoriaux ne sont que quelques-unes des inquiétantes sources de tensions sociales en mer, qui peuvent se poursuivre à terre.

Dans un contexte maritime spatial ; en perpétuelle recomposition, en particulier avec l’arrivée de grands bateaux côtiers pélagiques de plus de 30 m, qui accèdent aux statuts de la pêche côtière et donc opèrent soit de façon légale ou illégale dans la zone de pêche de la pêche artisanale, ces rivalités tendent à s’exacerber. La zone nord, en particulier, le fameux carré statistique 20T30 (de 30 mn de côté) suscite de multiples convoitises tout en concentrant des enjeux considérables à divers plans et à diverses échelles. 

C’est dans cette zone, que les pêcheurs dans la zone nord évoquent le maximum de conflits sur l’espace avec des risques de collisions entre embarcations et senneurs côtiers. Ces collisions sont tout d’abord liées à l’utilisation, dans un même espace, de techniques de pêche peu compatibles entre elles, ainsi qu’au développement de pratiques destructrices. Suivant les résultats d’une enquête conduite en 2019, les senneurs côtiers constituent le plus grand danger pour la sécurité des embarcations. 

Suivant ces témoignages, la présence dans une même zone de la pêche artisanale et des unités chalutières est dangereuse car la surface balayée par ces derniers est étendue. Ces chalutiers sont pourtant interdits d’opérer en deçà de 20 m de profondeur.  

Une embarcation doit être munie de réflecteurs radar, qui sont à la fois essentiels à la sécurité de l’embarcation mais aussi à la surveillance des pêches. En effet, un réflecteur radar bien positionné sur une unité artisanale aide les grands navires à détecter la présence de celle-ci sur leur écran radar. Ce qui leur permet d’éviter ainsi des collisions souvent mortelles. Les réflecteurs couplés avec un dispositif de signalisation, de plus en plus utilisé en particulier dans la zone nord, assurent aussi une sécurisation renforcée des biens et des personnes. 

Faute de données, de formation et de moyens logistiques, nos institutions concernées manquent souvent d’une approche efficace, rapide et pacifique pour détecter et résoudre des conflits dans les pêcheries. Or des escarmouches initiales se produisent souvent entre des navires à portée de vue les uns des autres (lancement par les artisans du cocktail Molotov pour éloigner les grands bateaux). Même modestes à leurs débuts, ces conflits peuvent dégénérer. On dit souvent que la gestion des pêches se résume à la gestion des conflits. 
En raison de l’application du principe du toujours moins cher, les propriétaires des pirogues, rarement embarqués, arrivent à supprimer les dépenses d’équipements ou d’entretien et de ce fait, leurs unités ne remplissent pas certaines règles élémentaires de sécurité en mer. En outre, les unités de pêche artisanales ne sont presque jamais inspectées et ne sont visiblement pas soumises, comme les navires côtiers et industriels, à des règles en matière de sécurité (pas de certificat d’inspection maritime). Aussi, il n’y a pas de mois qui passe sans son cortège d’accidents et de disparus. Cela a pour effet de décourager le travail en mer aussi bien pour les membres d’équipage que pour les armateurs. En plus, en cas d’accident, les victimes ne disposent pas de recours officiel rapide pour l’indemnisation et ne bénéficient pas de régime de sécurité sociale. 
Dans ces conditions la pêche artisanale, telle que pratiquée aujourd’hui en Mauritanie, est-elle durable socialement ?
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