Le plastique en mer : une menace nationale et planétaire ?

Le plastique en mer : une menace nationale et planétaire ?


Akhbarnouadhibou - L’Agence d’investigation environnementale (EIA) affirme que la menace de la pollution plastique est presque équivalente à celle du changement climatique. 

Les plastiques - polymères à longue chaîne fabriqués partir d’hydrocarbures, ont vu leur utilisation, tant en termes de volume qu’en diversité explosée à partir du milieu du 20ème siècle, avec l’apparition du nylon, du polyéthylène (PE) et du polystyrène (PS). Ils ne reconnaissent pas les frontières.

Après avoir été signalés, en grande quantité, sur les côtes cap-verdiennes en 2011, c’est autour des plages de la Floride que des spécimens des pots de poulpe mauritaniens sont observés. Ces échouages, anecdotiques dans le cas de la Floride, démontrent que notre planète est connectée et pas uniquement au travers des canaux de communications traditionnels. 

Ces plastiques, l’une des substances les plus préoccupantes pour l’environnement et la santé humaine, peuvent donc avoir de nombreuses conséquences délétères à toutes les échelles de temps et d’espace. L’humanité a pris conscience de l’ampleur et de l’étendue des déchets plastiques et de leurs effets néfastes sur la biosphère très tard.

La nature visible de la pollution plastique suscite déjà l’inquiétude du grand public, mais la majorité des impacts de la pollution plastique reste invisible. Il y a du plastique dans les sols, les milieux aquatiques et même dans notre alimentation. L’air que nous respirons contient désormais des microparticules de plastique.

Les effets du plastique dans la mer sont très importants en termes de Gaz à effet de serre (GES), mais dans l’air, ils sont encore plus importants comme le notent Royer et al (2018). Pour ces auteurs, la radiation solaire fait en sorte que le plastique qui flotte ou qui se retrouve sur les plages en se dégradant produit des GES.

Le macro-plastique fait référence à des éléments de plus de 20 mm. En raison de sa grande visibilité et de sa contamination pour l’environnement, le macro-plastique est perçu comme l’une des formes des plus préoccupantes de ce type de pollution plastique.
 L’accumulation de macro-plastique concerne un large éventail d’habitats mais particulièrement le milieu marin.
Les éléments rejetés en mer constituent une composante importante. Dans différentes parties du monde, l’analyse des macro-plastiques flottants a révélé que 20 % en nombre et 70 % en poids étaient liés à la pêche. Dans notre côte, il s’agit principalement des pots à poulpe, des filets, des flotteurs et des bouées. Des études ont montré qu’il existe une relation significative entre le nombre d’articles en plastique d’origine océanique trouvés sur les plages et le niveau d’activité de la pêche commerciale (repos biologique de pêche). La quantité des pots à poulpe perdus en mer est estimé à plusieurs millions. Les filets de pêche rejetés ou perdus en mer comprennent les lignes en mono-filament et les filets en nylon, peuvent flotter à différentes profondeurs et entraîner une pêche fantôme. 

La réduction de la production des déchets de plastique, au profit de produits biodégradables, et le recyclage des quantités utilisées deviennent donc des enjeux majeurs. Selon certaines études scientifiques, d’ici 2040 et à la cadence actuelle, le volume des déchets plastiques dans les mers pourrait dépasser celui des espèces marines dans ces océans. 

Les politiques qui se contentent de promouvoir l’utilisation de plastiques recyclables ne seront pas efficaces si elles ne sont pas accompagnées par des infrastructures locales pour collecter, séparer et recycler ces plastiques de manière viable et rentable.

Il s’agit donc d’analyser le cycle de vie complet des plastiques et de ne pas se concentrer uniquement sur les déchets plastiques mais aussi de s’intéresser à sa production et à sa consommation. Le recyclage peut faire partie de la solution, mais la consommation non durable doit être aussi considérée. Dans les différents cas, il est indispensable de disposer davantage de données scientifiques pour déterminer la nature, le volume et la toxicité des différents éléments plastiques. 

Les systèmes actuels sont inefficaces. Les déchets plastiques ont toujours un impact négatif sur la santé publique, l’environnement et l’économie. Il est urgent de passer à une gestion de ces déchets plus professionnelle (tri et recyclage suivant leur nature.). Ce qui nécessite de nouvelles installations de collecte, de gestion et des traitements de ces déchets. 

Après un recyclage adapté, certains déchets sont potentiellement une source de richesse et de création d’emplois. La transition vers le recyclage demande un ensemble d’actions coordonnées visant à développer les marchés et à optimiser la récupération des matériaux réutilisables et/ou recyclables. 

Les consommateurs mauritaniens ont recours à l’usage intensif du plastique. Les sachets plastiques sont légers, solides, facilement maniables et résistants à la décomposition. Ils sont devenus omniprésents et apparemment indispensables à la vie moderne, étant utilisés de multiples façons. Le sachet plastique qui est à la fois gratuit, pratique et très discret est le plus utilisé. 

Ces consommateurs se débarrassaient des bouteilles, des bidons, des sachets et des emballages plastiques dans les rues, dans le désert, en mer sans le moindre remord. Les propriétés de ces produits font qu’ils peuvent se répandre beaucoup plus rapidement et de façon étendue par le vent et par l’eau.

Globalement, la gestion des déchets plastiques en Mauritanie reste au stade embryonnaire car les méthodes les plus appropriées, de la collecte des déchets à leur élimination, ne sont pas utilisées. Il y a un manque de formation et de la disponibilité de professionnels qualifiés. Il existe également un manque de responsabilité dans les systèmes actuels de gestion du plastique. Les autorités municipales sont responsables à des degrés divers de la gestion des déchets urbains mais disposent de budgets insuffisants pour couvrir les coûts associés au développement d’une collecte, d’un stockage, d’un traitement et d'une élimination appropriés des déchets plastiques. 

Une conscience environnementale limitée de la population, combinée à une faible motivation, a freiné l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies susceptibles de transformer la gestion des déchets plastique. L’attitude des consommateurs qui continuent à privilégier massivement le plastique à usage unique reste également un obstacle majeur à l’amélioration de la gestion des déchets plastiques.

Peu de travaux scientifiques ont quantifié le volume des plastiques dans l’environnement marin notamment en Mauritanie, ou analysé leur origine et leur composition chimique. Les informations sur les quantités et la caractérisation futures de ces déchets sont essentielles car elles déterminent la pertinence des différentes options de gestion et de traitement des déchets. 

Il y a lieu de documenter scientifiquement de façon sérieuse cette nouvelle et triste réalité. L’idée de la mise en place d’un programme de recherche sur le sujet en plus des modules de formation pour professionnaliser les acteurs concernés fait son chemin.  Une règlementation sur le plastique relativement contraignante est déjà mise en place depuis 2013. Elle est actuellement en révision. Des opérations de nettoyage des plages sont régulièrement organisées tant par les pouvoirs publics que par la société civile. 

Il s’agit maintenant de passer à la vitesse supérieure en matière de collecte, de tri et de recyclage du plastique tout en organisant de vastes campagnes de sensibilisation du grand public et plus particulièrement les scolaires. 

C’est un vaste chantier qui demande la participation de tous.

Dr. Mahfoudh Sidi / Docteur en   écologie halieutique
     Spécialiste  pêcheries écosystèmes pélagiques    
يتم التشغيل بواسطة Blogger.