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Pêche artisanale en Mauritanie: une petite pêche mais des grands dégâts ? - Cas du pouple

Pêche artisanale en Mauritanie: une petite pêche mais des grands dégâts ? - Cas du pouple

Akhbarnouadhibou- Ce décryptage cherchera à ouvrir les yeux mais aussi les débats sur la pêche artisanale du poulpe que nous avons laissée se développer sans contraintes ni entraves. Ce qui finira par épuiser la ressource halieutique la plus stratégique pour notre pays et ruinera pour longtemps les premiers concernés : les pêcheurs artisanaux de cette ressource, les mareyeurs et les usiniers.  Mais en fait c’est toute l’économie et l’emploi du pays qui seront sinistrés.


Je pense que c’est ce type de reportage mi scientifique mi-médiatique, factuel, dont nous aurons besoin si nous voulons sortir du confort du bain chaud dans lequel nous nous prélassons depuis trop longtemps. 

La pêche artisanale mauritanienne du poulpe est souvent perçue comme une activité qui concilie parfaitement l’équilibre entre conservation et exploitation. Elle est ainsi considérée comme pouvant maintenir la durabilité écologique et les retombées socio-économiques importantes. Elle présente de meilleures performances que la pêche hauturière (coût de production, qualité du produit, intensité en main d’œuvre de personnes à majorité analphabète et sans aucun rapport avec la pêche auparavant...). 

Ces constats largement partagés, y compris par les scientifiques, reposaient aussi sur le faible rayon d’action de ce mode de pêche, ses prélèvements relativement limités, l’usage des engins de pêche presque sans impacts sur le milieu marin, des rejets de poissons en mer limités et une consommation minime de carburant par tonne de poulpe produite. 

Le segment céphalopodier hauturier national était fortement immobilisé en raison de sa vétusté. La pêche artisanale était donc appelée à poursuivre son expansion exponentielle. Avec le retrait de la flotte de l’Union européenne en 2012 de la zone mauritanienne, suite à la non reconduction de l’accès pour cette catégorie qui était surexploitée, la politique du laisser-faire lui a permis de constituer une alternative à ce retrait comme 10 ans auparavant pour le cas de la zone de pêche de Dakhla.

En effet, avec la fin des accords de pêche entre le Maroc et l’Union européenne, les céphalopodiers européens se sont retirés de la zone de pêche de Dakhla en 1999. Le Maroc a introduit son premier plan d’aménagement de la pêcherie poulpière, stock sud en 2001. Il reposait sur le contrôle de la production via la fixation du TAC (Total Admissible de Captures), distribué entre les trois segments concernés, modulable en fonction de l’état de la ressource. Ce TAC était fixé respectivement pour les années 2001, 2002 et 2003. Le quota est fixé à 88 000 tonnes par an pour une période de 3 ans. Il a été consommé à 105 % en 2001, alors que seuls 60 % et 25 % du quota annuel ont été respectivement réalisés en 2002 et 2003. 

Les indicateurs d’abondance rapportés in situ par les campagnes scientifiques de l’INRH (équivalent de l’IMROP) atteignent des niveaux alarmants. La pêche a dû être arrêtée pendant 8 mois avec des conséquences sociales et économiques désastreuses. Les raisons de l’échec de ce plan ont été attribuées à la liberté d’accès à cette ressource pour les segments côtiers et artisanaux. Le développement fulgurant et incontrôlé de la pêche artisanale (7000 barques immatriculées et peut-être l’équivalent en barques non autorisées) a été jugé le principal responsable de cet effondrement.

Un plan de casse a été arrêté pour la pêche artisanale qui prévoit, avec les acteurs concernés, de se débarrasser de la moitié de ce parc piroguier. Il a été rapidement mis en œuvre. Mais jusqu’à présent le stock de poulpe sud, bien qu’il ait récupéré, n’est pas revenu à son niveau initial de 90 000 tonnes par an.

Dans la zone mauritanienne, une forte augmentation de l’effort de la pêche artisanale est enregistrée entre 2012 et 2018 (+195 %) suite à ce retrait des céphalopodiers de la flotte européenne. Elle s’est traduite par un accroissement des captures de seulement de 23 % sur la même période mais 53 % sur l’on exclut l’année 2018. En effet, un focus sur les prises du poulpe montre que la baisse était dramatique (-33 %) entre 2017 (27647 tonnes) et 2018 (18456 tonnes) pour ce segment artisanal.

 Le recours à la longueur comme seule métrique de référence pour définir ce segment n’est pas pertinent. Il a d’ailleurs montré ses limites. Des chantiers navals nationaux et étrangers investissent cette catégorie de pêche avec l’entrée de nouvelles unités pontées du Chantier Naval de Mauritanie en plus de celles importées et des unités de la société Hong Dong (sans prévision de quotas spécifiques). On note aussi, dans ce cadre, l’émergence de pirogues en plastique de grande taille (18 et 22 mètres) dans la zone nord, qui recherche officiellement les petits pélagiques mais peuvent à l’occasion s’intéresser aussi à d’autres espèces comme le poulpe, en l’absence de quota individuel.

La catégorie nébuleuse de la pêche artisanale correspond donc à des réalités très différentes. Faute de définition consensuelle de cette pêche artisanale sur une base scientifique se référant à plusieurs critères facilement mesurables, il se posera toujours le problème épineux de l’accès équitable à la ressource (taxe, quantité pêchée, espèces) par les différents types de celle-ci, de son contrôle et de sa durabilité. Ce qui contribuera à faciliter l’allocation équitable de quotas, avec une préférence pour les nationaux, le contrôle plus aisé de l’épuisement des quotas individuels et garantira une plus compétitivité et durabilité de la pêche artisanale à plus petite échelle, réservée aux nationaux. 

La pêche artisanale céphalopodière mauritanienne est indéniablement très importante. Elle restera au cœur des considérations sociales et économiques du secteur des pêches. Elle représente les 2/3 des apports annuels du poulpe tout segment confondu et continue allégrement son expansion.

Il apparaît donc à travers ce premier diagnostic que la pêche artisanale pourrait contribuer à saper tous les efforts entrepris en matière de durabilité du poulpe, si elle ne fait pas l’objet d’une maitrise de ses capacités en mettant fin définitivement à l’accès quasi-libre qui lui est accordé. Le retour à la surexploitation des stocks côtiers, dont le poulpe, accessibles à coût réduit entraînerait une contre-performance économique et sociale sur le moyen et le long terme qui peuvent dégénérer en tension sociale forte.

La prise en compte simultanément des préoccupations sociales et économiques des acteurs mais surtout la viabilité biologique et écologique du poulpe est une nécessité absolue. Il est l’une des rares ressources halieutiques accessible sur le plan technique et financier aux pêcheurs et aux investisseurs mauritaniens. Le poulpe est donc le principal capital halieutique à préserver, à fructifier et à exploiter de façon durable.
Dr. Mahfoudh Sidi / Docteur en   écologie halieutique
     Spécialiste  pêcheries écosystèmes pélagiques    
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