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Baie de l’étoile : une petite zone un grand intérêt écologique

Baie de l’étoile : une petite zone un grand intérêt écologique


Mahfoudh Sidi - La Baie de l’étoile au nord de la Mauritanie à proximité de Nouadhibou s’étend sur une superficie maritime de 12 Km² (en y intégrant la « rivière ») et une partie terrestre de 17,45 Km². Ce qui donne une superficie totale estimée à 29,45 km. Malgré sa taille relativement réduite, elle présente, sur le plan écologique, un très grand intérêt tant au niveau faunistique que floristique. Il s’agit, d’une zone de contact entre les espèces à affinité tempérée et des espèces à affinité tropicale. 
On trouve, à tous les niveaux du règne animal et végétal, des spécimens dont la présence atteste le caractère mixte de cette zone. Au niveau de la rivière (lagune) on observe une juxtaposition peu banale puisqu’il s’agit de prairies de spartines atteignant là leur limite méridionale de répartition qui accueillent une espèce de poissons amphibies (le périophtalme) la plus septentrionale de la côte Ouest-Africaine qui vient confirmer l’hypothèse d’un passé deltaïque. Or, les espèces à leur périphérie de distribution sont très fragiles du fait que les facteurs du milieu agissent de concert. Il suffit qu’un facteur de ce milieu ne soit pas optimal pour que la perturbation de cet écosystème soit amplifiée.
Les études menées par l’Institut Mauritanien de Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP), ont montré que cette Baie est une nurserie très importante pour plusieurs espèces de poissons et de crustacés d’intérêt commercial et/ou écologique. Elle se caractérise par la présence :
- De cinq espèces endémiques -qui ne se retrouvent nulle part ailleurs-, des espèces rares et/ou fragiles jouant un rôle clé pour le fonctionnement de l’écosystème comme des crustacés, des poissons (courbine, mulets, périophtalmes et des sélaciens) des cétacés, des tortues, des phoques.
- Des habitats critiques qui constituent des zones d’intérêt pour la biodiversité : des herbiers à spartines ponctuées de “clairières” vaseuses très fréquentées par les limicoles, les crabes et les périophtalmes. Ils sont principalement situés au Sud-Ouest de la baie et un bras de mer (lagune ou rivière) qui s’étale sur près de 3 à 4 km dans la Sebkha et qui inonde un marais à spartines ; Ces habitats contribuent à la protection de ce littoral et offrent des ressources essentielles pour l’alimentation et le développement économique de la ville de Nouadhibou.
La flore aquatique est composée uniquement des phanérogames marines. Les spartines représentent de loin la formation végétale la plus importante de la baie de l’Étoile, occupant près de trois quarts de la superficie de la « rivière » et environ un quart de celle de la lagune. Ly (2009) a estimé la surface couverte par Zostera noltii à 133 ha, celle couverte par Cymodocea nodosa à 113 ha et l’étendue de Spartina maritima à 73 ha en notant que ces formations végétales constituent l’une des plus importantes de ces types après celle du Portugal. 
Les herbiers marins sont des zones de croissance pour juvéniles des espèces marines, et les prairies de spartines assurent une multitude de fonctions à l’ichtyofaune, à la faune aviaire ainsi qu’à la faune terrestre, principalement aux camélidés. 
La végétation terrestre est très rare sur la presqu’île du cap Blanc étant donné l’aridité des terres. Les arbres sont absents et la végétation basse est très clairsemée. Les Limonium tuberculatum (Boiss.) Echiochilon chazaliei sont des espèces endémiques du Sahara occidentale à Nouadhibou.
Quelques 53 familles de poissons et des dizaines d’espèces du benthos, dont certaines sont signalées pour la première fois en Mauritanie avec un élargissement de l’aire de répartition d’un amphipode connu auparavant uniquement dans la baie de Dakhla au nord. 
Cette baie constitue aussi un lieu idéal pour le séjour et l’hivernage de 40 espèces d’oiseaux qui y migrent par des dizaines de milliers d’individus.
La Baie de l’Etoile, est donc très importante pour la diversité marine et aviaire grâce i) à sa richesse exceptionnelle en production primaire in situ en raison aussi du phénomène de l’upwelling, dont le centre est situé à une trentaine de Km au sud et dont l’effet est ressenti jusqu’ici et ii) la présence de vasières intertidales qui abritent une riche faune terrestre et marine. 
La nécessité de protéger cette zone a été reconnue depuis longtemps. Il s’agit d’un site d’une valeur écologique exceptionnelle qui s’étend sur un espace réduit. C’est l’idéal.
La conservation des habitats côtiers et donc des ressources de la Baie de l’étoile constitue un grand défi. Devant de multiples menaces anthropiques et naturelles ces habitats sensibles restent très vulnérables jusqu’à ce qu’ils soient protégés.
Les aires marines protégées sont le fondement de nombreuses stratégies de conservation et sont un outil efficace pour maintenir la biodiversité surtout pour des espèces rares et menacées. Habituellement, elles sont localisées dans des zones ou «personne ne veut» avec une faible productivité biologique et une difficulté d’accès et donc une représentativité faible de la biodiversité. Ce n’est pas le cas pour la baie de l’étoile située à proximité de Nouadhibou, capitale économique du pays, et disposant d’atouts naturels importants. 
Des centaines d’espèces faunistiques et floristiques se trouvent dans les riches eaux de la baie de l’étoile dont certaines sont répertoriées comme endémiques, rares, menacées ou protégées, comme le phoque moine, le périophtalme, la tortue verte, les prairies des herbes marines dans un milieu désertique. Cette biodiversité est appréciée pour son utilité directe pour les populations notamment locales, les services écosystémiques qu’elle fournit et sa valeur intrinsèque. Elle est soumise à des menaces anthropiques de diverses sources. 

Nous y reviendrons.

 Mahfoudh Sidi
    Nouadhibou


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