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Baie de l’étoile : une diversité et une densité aviaire comparable au Banc d’Arguin ?

Baie de l’étoile : une diversité et une densité aviaire comparable au Banc d’Arguin ?


Dans la perspective du classement de cette baie en Aire Marine Protégée (AMP), il est intéressant de considérer les oiseaux. Contrairement au Parc National du Banc d’Arguin qui est bien étudié sur le plan ornithologique, la Baie de l’Etoile reste encore peu prospectée. 

Certaines études ponctuelles ont été effectuées pour déterminer la communauté de l’avifaune, en particulier hivernante. Les premiers dénombrements d’oiseaux d’eau portant sur la presqu’île du Cap Blanc incluant la Baie de l’Étoile ont été effectués dans la fin des années 1970 (Trotignon et al, 1980). 

Plus récemment des études ciblées ont été réalisées par Ly (2009) et Jarry et al (2010).  Suivant ces deux dernières études scientifiques, 40 espèces d’oiseaux en lien très direct avec le milieu marin hivernent dans la Baie de l’étoile. Il s’agit en particulier du Cormoran à poitrine blanche (Phalacrocorax lucidus), du Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus), trois espèces d’ardéidés, la Spatule blanche (Platalea leucorodia) une sous-population endémique, le Flamant rose (Phoenicopterus roseus), trois espèces de canards, le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), la Foulque macroule (Fulica atra), vingt espèces de limicoles, quatre espèces de Laridés et quatre espèces de Sternidés. Les effectifs d’oiseaux hivernants atteignent des densités très significatives sur la Baie. Près de 20 000 limicoles appartenant à une vingtaine d’espèces utilisent le site, indiquant une capacité trophique du milieu très importante (Jarry et al, 2010). 
La grande majorité de ces oiseaux de rivage dépendent des invertébrés benthiques pour se nourrir. Comme au PNBA, il semble que ces dizaines de milliers d’oiseaux dépendent d’une biomasse macrobenthique se trouvant dans une zone de marée relativement petite (Espaces sableux, vasières nues ou couvertes de prairies à zostères, laisses de mer, etc). Il est observé que certains oiseaux recherchent leur nourriture en mer. Tout ces milieux sont de plus en plus anthropisés. 

Sur le plan de l’état de conservation, la synthèse établie en référence la « Red List » de l’UICN (année 2014), montre que la situation semble préoccupante pour les oiseaux de mer dont la grande majorité est constituée d’oiseaux migrateurs (Inejih et al, 2014) comme sur cette Baie.

Les principales causes de mortalités sont la perte d’habitat, le changement climatique et d’autres facteurs de stress provoquent indirectement la mortalité par un ou plusieurs mécanismes intermédiaires (Loss et al ; 2015). Suivant cette étude, il existe aussi plusieurs facteurs de stress anthropiques qui tuent directement des milliards d’oiseaux chaque année à l’échelle planétaire : collisions avec des véhicules, des avions et des structures artificielles, empoisonnement par des toxines et prédation par les animaux de compagnies. 

Les flamants roses sont bien connus pour leurs habitudes grégaires. Il s’avère que ces oiseaux ont des systèmes sociaux qui rivalisent avec les nôtres, selon une nouvelle étude (Rose P.E et D. P.Croft (2020) Behavioural Processes Volume 175, 104-118). Ces oiseaux, dont 210 individus sont observés sur la Baie (Jarry et al, 2010), entretiennent des relations sociales stables dans le temps, qui sont différentes des autres oiseaux qui forment des liaisons temporaires d’année en année. Étant donné que les flamants roses peuvent vivre pendant des décennies dans des environnements inhospitaliers, toute perturbation de ces réseaux sociaux tout au long de leur vie, peuvent leur être fatal. 

Il y a relativement très peu d’études scientifiques sur la faune aviaire de la Baie de l’étoile malgré l’importance numérique et la diversité de ce groupe. Les scientifiques doivent accorder plus d’importance à ce compartiment. Mais déjà sur la base des connaissances disponibles le périmètre envisagé pour la nouvelle AMP doit être délimité de façon large. Il doit notamment inclure la totalité de la lagune jusqu’aux faubourgs de Nouadhibou, s’étendre à l’Ouest jusqu’à la route Nouadhibou-Nouakchott afin d’inclure les reposoirs de marée haute des limicoles et les biotopes favorables à l’alimentation et à la reproduction d’espèces.
  
  
       
Mahfoud Sidi
Mahfoudh Sidi
Nouadhibou
                                                                                                      

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